La République démocratique du Congo (RDC) s’engage dans une nouvelle zone de turbulences politiques. L’annonce par le président Félix Tshisekedi de son intention de modifier la Constitution a suscité une vague de critiques, d’interrogations et de craintes au sein de la classe politique et de la société civile. Alors que le pays fait face à une crise sécuritaire sans précédent dans l’est, cette initiative présidentielle pourrait ouvrir la voie à une instabilité politique accrue.
Une crise sécuritaire qui persiste
Depuis son accession au pouvoir en 2019, Félix Tshisekedi a promis de résoudre les problèmes structurels qui minent la RDC, notamment dans les provinces de l’est où les groupes armés continuent de semer le chaos. Malgré des efforts diplomatiques et militaires, les résultats restent mitigés, alimentant le scepticisme quant à sa capacité à stabiliser le pays.
Dans ce contexte, la priorité aurait pu être accordée à la sécurité et au développement économique. Cependant, le débat politique semble désormais orienté vers une révision constitutionnelle, une initiative perçue par beaucoup comme une tentative de prolonger le règne présidentiel.
La modification constitutionnelle, un terrain glissant
Félix Tshisekedi affirme que la révision constitutionnelle vise à moderniser le système politique et à renforcer les institutions. Il écarte formellement l’idée de briguer un troisième mandat en 2028, mettant en avant son engagement envers les principes démocratiques. Pourtant, ses détracteurs doutent de sa sincérité. À leurs yeux, cette manœuvre est le prélude à une stratégie plus large visant à contourner les limitations actuelles du mandat présidentiel.
En RDC, les souvenirs des crises politiques liées à la prolongation des mandats restent vifs. La tentative de Joseph Kabila de rester au pouvoir après l’expiration de son mandat avait plongé le pays dans une période de tensions extrêmes. Une modification constitutionnelle initiée par Tshisekedi pourrait donc réveiller des divisions profondes et raviver les méfiances envers les institutions.
L’opposition en éveil
Face à cette situation, les partis d’opposition et les organisations de la société civile se mobilisent. Ils préparent des campagnes de sensibilisation et envisagent des manifestations pour dénoncer toute tentative de manipulation des règles électorales. Martin Fayulu, ancien candidat à la présidentielle, a déjà lancé des avertissements contre une dérive autocratique.
Sur la scène internationale, cette initiative pourrait également nuire à l’image de la RDC. Les partenaires étrangers, qui soutiennent le pays dans ses efforts de développement et de stabilisation, pourraient revoir leur appui si des signaux d’un recul démocratique émergent.
Un avenir incertain
Pour Félix Tshisekedi, la tentation du troisième mandat pourrait être un pari risqué. Si l’idée d’une révision constitutionnelle suscite l’adhésion de certains de ses partisans, elle risque de diviser davantage une nation déjà fragilisée par des conflits internes et des problèmes socio-économiques. Le défi pour le président sera de convaincre l’opinion publique de la nécessité de ces changements tout en évitant de donner l’impression de chercher à consolider son pouvoir.
Alors que l’ombre d’un troisième mandat plane sur son mandat actuel, Tshisekedi devra faire preuve de transparence et de détermination pour dissiper les doutes. Dans un pays où la démocratie reste fragile, l’avenir politique de la RDC pourrait bien dépendre de ses prochaines décisions.





