Le Gabon, riche en biodiversité et acteur clé dans la préservation du bassin du Congo, fait face à une décision controversée : l’assouplissement des restrictions sur l’exploitation du kévazingo, une essence précieuse mais vulnérable. Cette mesure, annoncée par le gouvernement de transition, soulève des interrogations quant à ses implications environnementales, économiques et éthiques.
Un arbre précieux mais menacé
Le kévazingo, symbole des forêts gabonaises, avait été placé sous protection stricte en 2018 en raison de son exploitation illégale croissante. Cet arbre, prisé pour la qualité exceptionnelle de son bois, pousse lentement et est particulièrement rare. Sa surexploitation pourrait entraîner des dégâts irréversibles pour l’écosystème local.
En 2019, le scandale du Kévazingogate avait révélé l’ampleur du trafic illégal et mis en lumière des lacunes dans la gestion des ressources forestières. Malgré cela, la levée partielle des restrictions sur son exploitation laisse craindre un retour des dérives passées.
Des risques environnementaux accrus
Bien que le gouvernement ait promis des mesures strictes pour encadrer l’exploitation, le kévazingo reste une essence extrêmement vulnérable. Sa lente croissance et sa raréfaction rendent toute exploitation susceptible de perturber durablement l’équilibre écologique des forêts gabonaises.
Les experts en conservation alertent également sur l’effet domino : une déforestation accrue pourrait menacer d’autres espèces, réduire la biodiversité et affaiblir le rôle des forêts gabonaises comme puits de carbone.
Corruption et défi de la transparence
Le secteur forestier au Gabon est historiquement marqué par des pratiques douteuses. La mise en place de systèmes de traçabilité, tels que le géoréférencement, est un pas dans la bonne direction. Cependant, leur efficacité dépendra de la capacité des autorités à lutter contre la corruption et à instaurer une transparence réelle.
Le marché noir du kévazingo, particulièrement lucratif, représente une menace majeure. Si des contrôles rigoureux ne sont pas appliqués, l’exploitation illégale pourrait prospérer, sapant les bénéfices économiques et écologiques attendus.
Un potentiel économique à double tranchant
Avec des prix atteignant jusqu’à 3000 euros le mètre cube sur le marché international, le kévazingo représente un potentiel économique significatif pour le Gabon. Sa valorisation pourrait contribuer au développement des régions forestières, créer des emplois et diversifier l’économie nationale.
Cependant, cet attrait économique ne doit pas éclipser les risques environnementaux. Une exploitation mal encadrée pourrait engendrer des conséquences désastreuses pour les écosystèmes locaux, compromettant ainsi les gains à long terme.
Vers une gestion responsable ou une nouvelle crise ?
Le gouvernement de transition, sous la houlette du CTRI, se trouve à un tournant décisif. Si le cadre réglementaire annoncé est respecté, il pourrait poser les bases d’une exploitation durable. Toutefois, l’histoire récente du Gabon, marquée par des scandales de corruption et une gestion inefficace des ressources naturelles, invite à la prudence.
Le retour à l’exploitation du kévazingo peut représenter une opportunité de développement, mais seulement si l’État parvient à concilier protection de l’environnement et croissance économique. Sans une gestion rigoureuse, cette décision risque de se transformer en un problème aux conséquences durables.
L’avenir des forêts gabonaises dépendra de la capacité des autorités à faire preuve de transparence, d’intégrité et de responsabilité dans la gestion de cette ressource précieuse.





