Nommée récemment à la tête du Ministère de l’Entrepreneuriat, du Commerce et des PME-PMI, Zeinaba Gninga Chaning a fait une entrée remarquée. Dans un discours empreint de patriotisme et de détermination, elle appelait à « travailler pour le pays, pas pour des postes ». Un message fort, porteur d’espoir. Pourtant, sur le terrain, la réalité est bien plus sombre pour de nombreux jeunes entrepreneurs gabonais.
Alors que la ministre évoque une volonté de transformation économique, plusieurs acteurs publics, issus de l’administration centrale ou parapublique, continuent de saborder les efforts naissants d’entreprises locales. Des conventions pourtant légales — signées, validées par la Direction générale des Impôts — sont aujourd’hui résiliées sans préavis, ni audit, encore moins de recours. Les justifications avancées ? Des soupçons politiques, des héritages administratifs, ou de simples « instructions informelles ».
Des décisions arbitraires, des entreprises sacrifiées
Ce climat de défiance systématique frappe de plein fouet de jeunes structures gabonaises, pourtant en règle avec leurs obligations fiscales, créatrices d’emplois et engagées dans des secteurs clés. Leur seul tort : être perçues comme proches de l’ancien pouvoir ou de figures désormais marginalisées. Une logique qui met en péril l’initiative privée et jette un discrédit grave sur l’engagement affiché du gouvernement pour une relance inclusive.
Un discours de rupture confronté à un appareil rigide
Si la ministre affiche une volonté de changement, elle devra affronter une administration encore prisonnière de ses vieux réflexes : règlements de comptes, bureaucratie punitive, gestion informelle des décisions. Dans ce contexte, les discours sur l’accès au financement, la structuration des PME ou la promotion de l’investissement local risquent de rester lettre morte.
Comme l’écrivait récemment L’Aube : « Je rêve d’une politique publique de l’entrepreneuriat, pas d’un discours creux récité à chaque conférence. » Aujourd’hui, l’entrepreneuriat gabonais n’est ni valorisé ni protégé : il est suspecté, affaibli, humilié.
Pour une rupture réelle : rétablir la sécurité contractuelle
Madame la Ministre, si votre ambition est d’incarner une vraie rupture, il est urgent de restaurer une valeur essentielle à toute économie sérieuse : la sécurité contractuelle. Le Gabon ne pourra bâtir une économie solide si l’État continue de fragiliser ses propres entrepreneurs par des décisions arbitraires et politiquement motivées.
La Vème République est à un tournant. Elle doit choisir : construire un tissu économique national durable ou continuer à saboter l’espoir d’une génération d’entrepreneurs, prête à servir son pays.





