L’heure est à la régularisation pour les acteurs du secteur des jeux de hasard au Gabon. À l’issue des travaux de la Commission supérieure sur les Jeux de hasard, tenus ce mercredi à Libreville sous la présidence du ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, Hermann Immongault, un ultimatum de 72 heures a été donné aux promoteurs pour se conformer à la réglementation en vigueur. Passé ce délai, des sanctions seront envisagées.
Une régularisation sous pression
L’administration gabonaise entend remettre de l’ordre dans un secteur jugé longtemps opaque. Après une première session tenue le 5 mars dernier, la Commission supérieure est revenue à la charge. À l’issue de ses travaux, elle a décidé d’un sursis de 72 heures – jusqu’au samedi 24 mai – pour permettre aux entreprises non encore en règle de régulariser leur situation administrative.
« Jusqu’à samedi, ils devront venir au ministère de l’Intérieur pour déposer les documents nécessaires à la légalisation de leurs activités », a indiqué Hermann Immongault, précisant qu’une session extraordinaire de la Commission se tiendra dès le lendemain pour envisager des mesures coercitives contre les contrevenants.
eTech-SAS désignée agrégateur officiel
Autre point chaud abordé : la désignation de la société eTech-SAS comme agrégateur des flux financiers issus des jeux de hasard. Une décision qui suscite interrogations et débats. En réponse, le ministre a clarifié que cette entreprise de droit gabonais – fruit d’un partenariat public-privé avec la société canadienne ST Media INC – avait été choisie en toute souveraineté dans le but de garantir la traçabilité, la transparence et la fiscalisation des opérations liées aux jeux.
« Il fallait mettre fin au désordre et à des pratiques qui vont à l’encontre de l’intérêt supérieur de la nation », a insisté Hermann Immongault, évoquant la vision du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, qui voit dans ce secteur un levier de développement économique.
Un secteur à structurer, des emplois à préserver
Face aux inquiétudes soulevées par les opérateurs sur une possible perte d’emplois, le ministre s’est voulu rassurant : Il n’y a aucune menace. Mieux, lorsque nous régulons ce secteur, nous créons les conditions pour des milliers d’emplois
Il a toutefois reconnu que l’État ne disposait jusqu’ici d’aucune donnée fiable sur le nombre de Gabonais travaillant dans cette filière. Grâce à la plateforme développée par eTech-SAS, les autorités espèrent obtenir une visibilité complète sur les flux financiers et les acteurs du secteur, permettant ainsi une meilleure régulation et une protection accrue contre les dérives : blanchiment d’argent, addiction, fraude, etc.
Une gouvernance à majorité gabonaise
Le modèle choisi par l’État prévoit que 95 % des postes au sein d’eTech-SAS soient occupés par des Gabonais, avec à terme une reprise totale de l’entreprise par l’État à l’issue du contrat de partenariat. En attendant, c’est eTech-SAS qui finance et déploie l’ensemble du dispositif technologique, incluant une plateforme de supervision nationale.
Le système mis en place doit permettre à tous les opérateurs – qu’ils relèvent des jeux traditionnels, des loteries ou des paris en ligne – ainsi qu’aux entreprises de paiements mobiles, de se conformer au cadre légal jusqu’ici largement ignoré.
Un virage réglementaire majeur
Avec cet ultimatum et la désignation d’un agrégateur centralisé, le gouvernement gabonais amorce un changement de paradigme dans un secteur jusqu’ici fragmenté et informel. Si cette réforme atteint ses objectifs, elle pourrait transformer les jeux de hasard en un véritable levier économique… à condition que l’État parvienne à allier rigueur, inclusion et équité.





