Libreville, juillet 2025 – Malgré son fort potentiel économique et social, la pêche artisanale au Gabon peine à attirer les nationaux. C’est le constat amer dressé lors d’une réunion tenue ce lundi à l’auditorium du ministère des Eaux et Forêts, réunissant les principaux acteurs du secteur.
À l’heure où le pays cherche à réduire ses importations de poisson, estimées à près de 25 000 tonnes par an, les chiffres de la Direction générale de la Pêche et de l’Aquaculture sont sans appel : sur les 5 248 opérateurs recensés dans la pêche artisanale, moins de 40 % sont Gabonais, contre une majorité d’étrangers, notamment originaires d’Afrique de l’Ouest.
« Nous assistons à une forme de marginalisation des nationaux dans leur propre pays. C’est une activité vitale qui devrait pourtant constituer un vivier d’emplois pour la jeunesse », a déploré Jean de Dieu Mapaga, président de la Fédération des acteurs de la pêche artisanale au Gabon (FEGAPA).
Selon ce dernier, la filière souffre d’un manque criant de structuration et d’investissement. Les rares Gabonais présents dans le secteur doivent composer avec des équipements importés, coûteux, et un accès limité à la formation technique. Même les embarcations sont souvent achetées à crédit auprès d’expatriés, renforçant la dépendance et fragilisant les initiatives locales.
Autre frein évoqué : le coût élevé du carburant, combiné à l’absence de zonage clair autour des aires marines protégées, ce qui complique considérablement l’accès à certaines zones de pêche.
Des pistes pour redynamiser le secteur
Face à ces difficultés, la FEGAPA plaide pour des solutions concrètes : la création d’un centre national de formation aux métiers de la mer, la mise en place d’une industrie locale d’équipements de pêche, ainsi qu’un meilleur encadrement des coopératives. Objectif : permettre aux Gabonais de se réapproprier ce secteur stratégique pour la souveraineté alimentaire.
Alors que la demande nationale en poisson est estimée à 70 000 tonnes par an, la pêche artisanale, malgré ses contraintes, reste la principale source d’approvisionnement local, avec environ 30 000 tonnes produites chaque année.
« La relance de la pêche artisanale passe nécessairement par une volonté politique forte, une organisation rigoureuse du secteur et un véritable accompagnement des nationaux », conclut Jean de Dieu Mapaga.
Dans un contexte économique tendu, le Gabon ne peut plus se permettre de laisser ce pan vital de son économie entre des mains étrangères. La pêche artisanale, si elle est soutenue, pourrait bien devenir l’un des piliers de l’emploi local et de la sécurité alimentaire.
Pêche artisanale : une richesse qui échappe aux nationaux





