L’élimination précoce et sans appel des Panthères du Gabon dès la phase de groupes de la CAN 2025, conclue sur un bilan de zéro point, n’aura été que la face visible d’un malaise plus profond. En coulisses, loin des pelouses marocaines, une autre défaite, autrement plus lourde de conséquences, se joue désormais : celle de la crédibilité financière de l’État gabonais.
Le ministère des Sports, par l’entremise de son service financier, a officiellement saisi le ministère du Budget pour réclamer en urgence le décaissement de fonds restés en souffrance. Dans une correspondance adressée au ministre de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, le ministre des Sports, de la Jeunesse, du Rayonnement culturel et des Arts alerte sur une situation devenue critique.
« À ce jour, et en dépit du déplacement effectif de la délégation gabonaise au Maroc, les montants engagés n’ont toujours pas été payés, causant un préjudice direct à nos fournisseurs habituels », peut-on lire dans ce courrier au ton inhabituellement direct pour un document administratif.
Les chiffres illustrent l’ampleur du désastre. Sur un budget total de 6,594 milliards de FCFA engagé pour la participation du Gabon à la CAN 2025, à peine la moitié a effectivement été décaissée. Les fonds disponibles ont servi à couvrir la Fan Zone, les primes des joueurs et du staff technique, ainsi que le trousseau médical. En revanche, deux ordres de paiement régulièrement établis — les numéros 25020336 et 25020337 — demeurent bloqués au ministère du Budget, pour des montants respectifs de 1,346 milliard et 2,343 milliards de FCFA, soit un reliquat impayé de près de 3,7 milliards.
Derrière ces chiffres, une réalité humaine et économique alarmante. Les prestataires mobilisés pour cette compétition continentale — compagnies aériennes, établissements hôteliers, logisticiens, fournisseurs de sites d’entraînement — attendent toujours leur règlement. Parmi eux, l’hôtel Le Nomad, chargé de la restauration quotidienne de la délégation gabonaise, figure en bonne place sur la liste des créanciers lésés.
Les journalistes envoyés en mission officielle ne sont pas épargnés. Dix professionnels accrédités patientent encore pour le paiement de leurs per diem, près de 40 millions de FCFA restant bloqués, plusieurs mois après la fin de la compétition.
Plus inquiétant encore, certains partenaires historiques du sport gabonais se retrouvent aujourd’hui au bord de l’asphyxie financière. Une entreprise spécialisée dans la logistique des déplacements des équipes nationales, qui accompagne depuis des années les sélections gabonaises toutes disciplines confondues, frôle la cessation de paiement. Ayant accepté de préfinancer les opérations en faisant confiance à la solvabilité de l’État, elle paie désormais le prix d’un engagement devenu risqué.





