PORT-GENTIL — C’est dans un épais nuage d’angoisse que les habitants du quartier résidentiel de Côte d’Azur ont vécu la matinée de mardi dernier. Une pollution aux hydrocarbures, consécutive à une rupture de canalisation, a contraint 58 personnes — dont plusieurs enfants — à être évacuées et prises en charge par les autorités sanitaires.
Les premières plaintes avaient commencé à affluer dès 08 h 30, lorsqu’une épaisse nappe d’un liquide noirâtre a été observée s’écoulant à travers des cours et des venelles. L’odeur âcre et persistante a rapidement alerté les riverains, inquiets pour leur sécurité et celle de leurs proches.
“Ça sentait tellement fort que mes enfants ont commencé à tousser. J’ai eu peur pour leurs poumons,” confie Mme Mbadinga, mère de famille évacuée en urgence.
Une rupture technique à l’origine du sinistre
Selon les premières constations effectuées par les équipes techniques mobilisées sur place, il s’agirait d’une rupture sur un pipeline de 10 pouces appartenant à TotalEnergies EP Gabon. La fuite aurait libéré près d’un mètre cube de brut, qui s’est infiltré dans le sol avant de remonter en surface. Les spécialistes de Perenco Oil & Gas Gabon, premiers à intervenir, ont confirmé que la canalisation desservant certaines installations industrielles avait cédé sous la pression, entraînant le déversement.
“Nous avons immédiatement sécurisé le périmètre et commencé les opérations de confinement,” a déclaré un responsable technique, désireux de conserver l’anonymat.
Evacuation et prise en charge sanitaire
Compte tenu des risques d’intoxication par inhalation des vapeurs toxiques, les autorités locales ont procédé à l’évacuation de 15 familles, soit 58 personnes, vers une structure hôtelière. Chacune a ensuite été transportée à l’hôpital pour des examens médicaux. Les premiers bilans des consultations n’ont pas encore révélé de cas critiques, mais plusieurs riverains présentent des irritations respiratoires et des maux de tête, symptômes typiques d’une exposition à des hydrocarbures.
Mesures d’urgence et impact environnemental
Sur le site, les opérations de dépollution ont été engagées en urgence. Des barrières flottantes ont été installées pour limiter la progression du liquide, tandis qu’un hydrocurer aspirait les résidus accumulés. Le sol contaminé fait l’objet d’une excavation contrôlée.
En parallèle, l’outil de production a été partiellement mis à l’arrêt. Les pipelines des zones de Mandji et Anguille — essentiels à l’acheminement des ressources pétrolières — ont été fermés pour permettre des inspections approfondies. Selon des sources internes à TotalEnergies EP Gabon, cette suspension pourrait représenter une perte de production évaluée à près de 10 000 barils par jour.
Un précédent qui ravive les inquiétudes
Pour les habitants de Port-Gentil, cette crise environnementale n’est pas sans rappeler d’autres épisodes de pollution qui ont secoué la ville dans le passé. Les ONG locales dénoncent une infrastructure vieillissante et des mesures de prévention insuffisantes face à l’intensité des activités industrielles. “Nos quartiers résidentiels se trouvent trop près des installations pétrolières. Il est urgent de revoir les normes de sécurité,” plaide un représentant associatif.
Une enquête a été ouverte pour déterminer les causes exactes de la rupture et évaluer les responsabilités. Officiellement, aucune sanction n’a encore été annoncée.
Alors que les familles évacuées commencent à regagner leurs foyers, Port-Gentil se retrouve à nouveau face à ses défis : concilier sécurité environnementale, protection des populations et vitalité économique autour d’un secteur stratégique pour le pays.





