C’est un aveu rare et saisissant que livre Curt Myricks Fouty Obeye, directeur général de Taxi Gab+, dans les colonnes du quotidien L’Union (n°14823). Face à une indiscipline endémique au sein de sa société, censée incarner la modernisation du transport public gabonais, le responsable tire la sonnette d’alarme. Au cœur de ses préoccupations : les comportements récalcitrants des chauffeurs, qui continuent de stationner devant les bars, défiant ouvertement les consignes de leur direction.
« J’ai fait une note dans laquelle j’ai interdit aux chauffeurs de se garer devant les bars. Vous savez ce qu’ils m’ont répondu ? “Nous sommes en partenariat, et tout le monde sait que le Gabonais doit toujours boire sa bière” », déplore-t-il, visiblement amer.
Une entreprise minée par les contraventions
Ce témoignage révèle l’ampleur d’un malaise bien plus profond. Taxi Gab+, entreprise publique et vitrine du transport urbain dans la capitale, est aujourd’hui championne des contraventions pour stationnement illicite. Une situation que le DG qualifie lui-même de « statistique honteuse », symptomatique d’un manque de discipline structurel.
« Aujourd’hui, si on vérifie bien, nous sommes la société de transport qui a le plus de contraventions de la police pour mauvais stationnement », affirme-t-il sans détour.
Ces dérives entachent l’image d’une structure pourtant pensée pour répondre aux besoins croissants en mobilité dans un Libreville en pleine mutation.
Une crise culturelle, plus qu’un simple problème de gestion
Le comportement des chauffeurs ne serait pas qu’une question de règles bafouées. C’est toute une culture permissive qui est mise en cause, selon le directeur. La tolérance à la consommation d’alcool en journée, l’indulgence sociale vis-à-vis de l’irresponsabilité au volant, ou encore l’idée que la norme est négociable dès lors qu’elle s’oppose à une habitude bien ancrée, posent les bases d’un véritable défi de société.
Le défi d’une réforme systémique
Cette situation met à l’épreuve la capacité du gouvernement à imposer une autorité publique crédible, alors même que la Vᵉ République promet un renforcement de l’ordre et de la responsabilité collective. Le cas de Taxi Gab+ interpelle : faut-il instaurer des malus financiers, des suspensions de licence, ou encore des poursuites pénales plus rigoureuses contre les récidivistes ?
La coordination entre la direction de la Sécurité routière, les assureurs et les autorités de tutelle pourrait s’avérer décisive pour briser ce cycle d’indiscipline tolérée.
Une République à faire respecter… aussi au volant
Ce qui se joue ici dépasse le cadre du transport. C’est le rapport à la loi et au vivre-ensemble qui est interrogé. Au-delà du volant, ce sont les fondements d’une citoyenneté moderne et responsable qu’il s’agit de consolider. Le nouveau ministre des Transports, Ulrich Manfoumbi Manfoumbi, aura la lourde tâche de traduire cette exigence en mesures concrètes. Car dans un État qui se veut rigoureux et réformateur, le laisser-faire ne saurait plus être la norme.





