Dans une atmosphère politique encore marquée par les remous de la transition et la controverse liée à l’exfiltration de membres de la famille Bongo, la parole du vice-président Alexandre Barro Chambrier était attendue. Invité de Radio France Internationale ce samedi 18 mai, il a répondu — avec une prudence calculée — aux critiques croissantes sur la gestion gouvernementale du départ de Sylvia et Noureddin Bongo vers l’Angola. Une sortie qui, malgré sa volonté d’apaisement, soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses.
Une ligne de défense : responsabilité individuelle et séparation des pouvoirs
Face aux accusations du député de transition Geoffroy Foumboula, qui dénonçait une « honte pour les premiers jours de la Vème République », Barro Chambrier s’est voulu mesuré, presque distant : « Je lui laisse la responsabilité de ses propos ». En invoquant l’autonomie de la justice, il a tenté de dissocier l’exécutif des décisions ayant conduit à la liberté provisoire des Bongo, évoquant des raisons médicales. Une posture classique, mais qui, dans un contexte de forte suspicion, sonne comme une tentative de dépolitiser l’éminemment politique.
Négation d’un marchandage, mais persistance des doutes
Sur la supposée corrélation entre la réintégration du Gabon au sein de l’Union africaine et la libération des proches de l’ancien président, le vice-président se montre catégorique : « Je ne le crois pas ». Il insiste sur l’antériorité de la décision de l’UA. Pourtant, cette chronologie ne suffit pas à éteindre les soupçons d’un accord discret entre Libreville et Luanda, d’autant que le silence gouvernemental initial a nourri les spéculations.
Là où l’opinion attendait de la clarté, elle se retrouve face à des affirmations générales et une réaffirmation des principes, sans preuve ni démonstration. Résultat : l’ambiguïté persiste.
Une architecture institutionnelle sous contrôle
Barro Chambrier a également profité de sa tribune pour clarifier la nouvelle organisation du pouvoir. L’absence de Premier ministre ? Une volonté assumée de centraliser la coordination gouvernementale autour du vice-président, en lien direct avec le général-président Brice Clotaire Oligui Nguema. Ce recentrage du pouvoir exécutif n’est pas anodin : il confirme une présidence forte, mais aussi une transition encore hautement militaro-administrative.
Sur le plan économique, le vice-président a esquissé les grandes lignes d’une réorientation budgétaire, évoquant une potentielle loi de finances rectificative. Mais là encore, peu de détails concrets, hormis la promesse d’un désengagement progressif d’Henri-Claude Oyima de ses activités privées pour endosser pleinement ses fonctions ministérielles.
Une communication de maîtrise… sans adhésion
Le style de Barro Chambrier est connu : pondéré, réfléchi, diplomate. Mais dans un moment de forte demande de vérité et de rupture avec les pratiques du passé, cette prudence est perçue par beaucoup comme une esquive. S’il a cherché à désamorcer les polémiques, il n’a pas su les éteindre. Et c’est peut-être là le cœur du problème : la communication politique ne suffit plus à répondre aux aspirations populaires de transparence et de justice équitable.
Dans une transition qui se veut exemplaire, le cas Bongo continue d’incarner un test grandeur nature de la sincérité du changement. Et sur ce point, les réponses du vice-président, aussi mesurées soient-elles, n’ont pas levé les zones d’ombre.





