L’affaire fait grand bruit dans les milieux politico-financiers : Pascaline Bongo Ondimba, fille aînée de l’ancien président gabonais Omar Bongo, a été officiellement mise en examen en France pour « blanchiment aggravé de corruption active et passive ». Cette procédure judiciaire marque une nouvelle étape dans les enquêtes liées aux biens mal acquis et jette une lumière crue sur les réseaux d’enrichissement illicite tissés entre l’Afrique et l’Europe.
Selon les informations relayées par des sources proches du Parquet national financier (PNF), la mise en examen de Mme Bongo s’inscrit dans le cadre d’une enquête ouverte en 2020 autour de soupçons de rétrocommissions occultes versées dans les années 2010, en lien avec l’attribution de marchés publics à des groupes français opérant au Gabon. En toile de fond, des flux financiers complexes, des sociétés écrans, et des circuits bancaires opaques situés entre l’Afrique centrale, Dubaï et plusieurs paradis fiscaux.
Un symbole du système Bongo sous pression
Pascaline Bongo n’est pas une figure anodine de la scène politique gabonaise. Longtemps considérée comme l’une des principales conseillères de l’ancien régime, elle a occupé les fonctions stratégiques de Directrice de Cabinet de son père puis de son frère, Ali Bongo Ondimba, jusqu’à son éviction progressive des cercles du pouvoir dans les années 2010.
Sa mise en cause intervient dans un contexte de plus grande coopération judiciaire entre la France et les autorités de transition au Gabon, désireuses d’assainir la gouvernance et de répondre aux exigences de transparence portées par une société civile de plus en plus mobilisée.
Un dossier sensible à fort retentissement géopolitique
Cette mise en examen soulève également des enjeux diplomatiques. D’un côté, elle met la France face à sa propre responsabilité historique dans le soutien apporté à certains régimes africains à travers des relations d’affaires parfois troubles. De l’autre, elle renforce la volonté des nouvelles autorités gabonaises, issues de la transition engagée depuis 2023, d’opérer une rupture nette avec les pratiques du passé.
Des ONG telles que Transparency International et Sherpa saluent la décision du PNF comme « un signal fort contre l’impunité des élites politico-financières », tout en appelant à la restitution des avoirs mal acquis au peuple gabonais. Le gouvernement de transition, de son côté, observe pour l’instant une posture prudente, tout en réaffirmant son engagement en faveur de la bonne gouvernance.
Un tournant dans la lutte contre la corruption en Afrique francophone ?
Ce nouveau rebondissement pourrait relancer le débat sur l’efficacité des dispositifs judiciaires internationaux face aux mécanismes de corruption transnationale. Il soulève aussi des questions sur la traçabilité des fonds publics, la responsabilité des entreprises étrangères dans les pays en développement, et le rôle des institutions financières.
L’affaire Pascaline Bongo n’est donc pas qu’un dossier judiciaire de plus. Elle symbolise un basculement progressif vers une plus grande exigence de redevabilité au sommet des États. Reste à savoir si cette mise en examen aboutira à des condamnations effectives ou si elle rejoindra la longue liste des procédures judiciaires sans suite.





