Franceville – Au-delà de leur particularité génétique, les personnes atteintes d’albinisme au Gabon font face à des obstacles persistants, tant dans le domaine de la santé que dans leur insertion sociale. Victimes de stigmatisation, d’exclusion et d’un manque de structures adaptées, les albinos peinent à trouver leur place dans la société.
À Franceville, comme dans d’autres localités du Gabon, les personnes vivant avec l’albinisme souffrent d’une marginalisation souvent silencieuse. Leur quotidien est marqué par des défis constants : accès limité à des soins adaptés, difficultés scolaires, isolement social et absence de soutien structurel durable.
Un handicap visuel et dermatologique souvent ignoré
Sur le plan médical, l’albinisme n’est pas qu’une particularité de pigmentation. Il entraîne une déficience visuelle importante dès la naissance, et rend la peau extrêmement vulnérable aux rayons ultraviolets. « Beaucoup de nos enfants ont des problèmes de vue, mais les écoles n’adaptent pas les supports. Ils sont souvent mis à l’écart parce qu’ils ne suivent pas au même rythme », déplore Clémence M., mère d’un enfant albinos à Franceville.
Les risques dermatologiques, notamment les cancers de la peau, sont également préoccupants. « Sans crème solaire ni vêtements adaptés, les personnes albinos développent des lésions précoces. Malheureusement, ces produits restent coûteux et peu disponibles », explique un dermatologue de l’hôpital régional de Franceville.
Une exclusion sociale persistante
Au-delà de la santé, c’est dans la sphère sociale que l’exclusion est la plus douloureuse. Nombreux sont ceux qui rapportent avoir été rejetés dans leur enfance, traités de « fantômes » ou de « malédictions ». Ces croyances, encore bien ancrées dans certaines communautés, alimentent la peur, les préjugés et l’isolement.
Dans les écoles, les élèves albinos sont souvent la cible de moqueries, voire de violences. « J’ai arrêté l’école en classe de quatrième. On m’appelait “indondo”, et les profs me punissaient quand je n’arrivais pas à lire au tableau. C’était trop », confie David N., aujourd’hui âgé de 22 ans.
Un plaidoyer pour l’inclusion
Malgré ces réalités, des voix s’élèvent pour faire évoluer les mentalités. À l’occasion de la Journée internationale de sensibilisation à l’albinisme, célébrée le 13 juin, plusieurs associations ont organisé des campagnes d’information à Franceville et Libreville. L’objectif : lutter contre la stigmatisation et revendiquer des droits égaux pour les personnes atteintes d’albinisme.
Mais ces actions ponctuelles ne suffisent pas. Les associations réclament des mesures structurelles : subventions pour les produits de protection solaire, accompagnement scolaire spécifique, campagnes de sensibilisation nationale et accès prioritaire aux soins dermatologiques et ophtalmologiques.
« Nous avons besoin d’une reconnaissance de nos besoins spécifiques, pas de compassion passagère », résume Mylène Obame, présidente d’une association locale. « Tant que l’État n’inscrira pas notre réalité dans les politiques publiques, l’exclusion continuera. »
En somme, vivre avec l’albinisme au Gabon reste un parcours de résilience, souvent solitaire. Derrière les sourires discrets, les témoignages révèlent une lutte quotidienne contre l’ignorance, les discriminations et l’invisibilité. Il est temps, plus que jamais, de faire entendre la voix des albinos.





