le vent de la reddition des comptes continue de souffler sur l’ancien régime. Cinq anciens ministres du président Macky Sall, aujourd’hui dans le collimateur de la justice sénégalaise, ont décidé de porter l’affaire devant les Nations unies. Une initiative inédite, qui intervient dans un contexte politique marqué par la volonté affichée du nouveau pouvoir de tourner la page de l’impunité.
Depuis l’arrivée au pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye et de son Premier ministre Ousmane Sonko, une série de procédures judiciaires ont été ouvertes contre plusieurs figures de l’exécutif sortant. Les accusations portent essentiellement sur des faits présumés de détournement de fonds publics, enrichissement illicite ou encore abus de pouvoir.
Face à ce qu’ils qualifient de « persécutions politiques », cinq anciens ministres ont décidé de saisir le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH). Dans leur requête, ils dénoncent des procédures « arbitraires » et « sélectives », qui, selon eux, viseraient à les discréditer politiquement et à affaiblir toute opposition potentielle au nouveau régime.
Les noms des personnalités impliquées n’ont pas été rendus publics dans leur totalité, mais plusieurs sources évoquent des figures bien connues de l’ancien appareil d’État, notamment des ex-titulaires des ministères stratégiques comme les Finances, les Infrastructures ou le Pétrole.
Une volonté assumée de rupture
Pour le nouveau pouvoir, ces poursuites s’inscrivent dans une volonté assumée de rupture avec les pratiques du passé. Lors de sa campagne, Bassirou Diomaye Faye avait promis une gouvernance fondée sur la transparence et la justice. Depuis son investiture en avril dernier, des audits ont été lancés dans plusieurs administrations, et des signalements transmis à la justice.
Le Premier ministre Ousmane Sonko, lui-même ancien opposant emblématique de Macky Sall, a réaffirmé récemment que « nul ne sera au-dessus des lois », rappelant que « le peuple sénégalais a voté pour une gestion rigoureuse des ressources publiques ».
Un dossier hautement politique
Cette saisine de l’ONU vient ajouter une dimension internationale à un dossier déjà très sensible sur le plan politique. Elle pourrait rallumer le débat sur la frontière parfois ténue entre justice des faits et justice des vainqueurs dans les jeunes démocraties africaines.
De leur côté, les observateurs appellent à la sérénité et au respect des procédures judiciaires, tout en soulignant l’importance de garantir les droits de la défense dans un contexte post-transition.
Reste à savoir si le HCDH donnera suite à cette plainte, et surtout, si cette démarche pourra freiner ou non les actions judiciaires en cours au Sénégal.





