jeudi, janvier 22, 2026
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« Je n’ai rien oublié » : Le cri de vérité de Grégory Laccruche Alihanga

Alors que certains redécouvrent soudainement les vertus de la justice et de l’État de droit, Grégory Laccruche Alihanga, ancien maire d’Akanda et frère de Brice Laccruche Alihanga, rompt un long silence. Quatre ans après avoir été incarcéré dans le cadre de l’opération « Scorpion », il livre un témoignage bouleversant, empreint de colère contenue, de dignité et de résilience. Ce qu’il dénonce n’est pas simplement une erreur judiciaire, mais un système organisé d’instrumentalisation politique, d’humiliation méthodique et de torture silencieuse.

L’histoire qu’il raconte commence en novembre 2019, lorsque, sur convocation de Nourredin Bongo Valentin, il est sommé de trahir son propre frère en l’accusant de trahison. En présence d’un haut cadre du régime, il lui est demandé de monter de toutes pièces des accusations. Il refuse. Trois jours plus tard, il est arrêté. Commence alors une descente aux enfers : quatre années de détention préventive sans jugement, sans audience, sans défense, dans des conditions inhumaines. Isolement total, absence de soins, menaces sur ses proches. Pas un juge. Pas un procès. Juste l’attente et le silence comme murs invisibles.

Ce que l’ancien édile dénonce aujourd’hui, c’est la réécriture grossière de l’histoire par ceux qui furent, selon lui, les architectes de l’oppression. « Ceux qui m’ont fait ça se plaignent aujourd’hui. Ils parlent de ‘traitement de chien’. Je leur réponds : vous nous avez traités pire que des cafards. » L’indignation est froide, lucide. Il rappelle que les droits qu’ils invoquent aujourd’hui, ces hommes les ont piétinés hier. Qu’ils n’ont jamais dénoncé la torture, mais l’ont cautionnée, parfois même commandée.

En 2020, l’ONU reconnaissait officiellement Grégory Laccruche comme prisonnier politique, demandant sa libération immédiate. La réponse du régime fut une fin de non-recevoir : « La justice gabonaise est souveraine. » Une souveraineté qui servait alors de paravent à toutes les dérives. Il évoque la détresse de sa mère, deux AVC en quelques mois, le calvaire de son frère malade, et la sienne propre : la perte de la vue, les humiliations, l’effacement. Son témoignage n’est pas celui d’un homme brisé, mais d’un homme debout, décidé à ne plus se taire.

Aujourd’hui, il ne réclame pas vengeance. Il exige vérité et justice. Il veut que l’histoire retienne que ceux qui s’érigent en martyrs furent, pendant des années, les bourreaux d’un système autoritaire. Il promet de se battre, sur tous les plans, pour que cette inversion perverse des rôles ne s’impose jamais. Pour que l’Histoire, la vraie, ne soit pas écrite par ceux qui l’ont falsifiée dans la douleur des autres.

Grégory Laccruche Alihanga affirme qu’il ne se bat pas seulement pour lui, mais pour ceux que l’on a voulu réduire au silence. Son courage de parler aujourd’hui, dans un climat encore tendu, est une interpellation directe à la mémoire collective : n’oublions pas qui a fait quoi. Derrière les postures actuelles, derrière les discours de victimisation, il y a des responsabilités qu’aucune fuite en avant ne saurait effacer.

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