Les relations commerciales entre le Gabon et les États-Unis connaissent un nouveau tournant. Dans un communiqué publié le 4 février dernier, l’administration américaine a rendu publique la liste des pays africains retenus pour bénéficier, en 2026, du programme African Growth and Opportunity Act (AGOA). Le Gabon n’y figure pas.
Cette décision intervient dans un contexte de redéfinition stratégique de la politique américaine en Afrique. Fidèle à la doctrine du « America First », l’administration Trump poursuit la mise en œuvre d’une approche résolument défensive de ses intérêts économiques, cherchant à conditionner davantage l’accès préférentiel à son marché à des exigences jugées plus favorables aux entreprises, agriculteurs et éleveurs américains.
Adopté en mai 2000 par le Congrès américain, l’AGOA permet aux pays africains éligibles d’exporter vers les États-Unis plus de 1 800 produits en franchise de droits de douane, en complément des 5 000 produits couverts par le Système généralisé de préférences. Toutefois, le renouvellement du programme pour l’année 2026 n’a été accordé que pour une durée d’un an, signe manifeste d’un durcissement des conditions et d’une volonté de Washington de réévaluer ses partenariats sur le continent africain.
L’exclusion du Gabon apparaît d’autant plus paradoxale que les échanges commerciaux bilatéraux entre Libreville et Washington affichent une dynamique particulièrement positive. Selon les données relayées par Gabonreview, les échanges de biens et de services entre les deux pays ont atteint 426,2 millions de dollars en 2024, enregistrant une hausse significative de 23,1 %, soit une progression de 80,1 millions de dollars par rapport à 2023.
« L’inéligibilité du Gabon contraste singulièrement avec la dynamique positive des échanges bilatéraux », soulignent nos confrères, mettant en évidence une contradiction entre la performance commerciale du pays et sa mise à l’écart du dispositif préférentiel américain.
Cette décision rappelle également un précédent récent. Au lendemain des événements du 30 août 2023, le Gabon avait déjà été provisoirement exclu du programme AGOA, illustrant la sensibilité de ce mécanisme aux considérations politiques et stratégiques de Washington. En 2026, cette nouvelle mise à l’écart place de nouveau le pays dans une posture économique délicate vis-à-vis de son partenaire américain.
Concrètement, l’inéligibilité au programme signifie que les produits gabonais destinés au marché américain seront désormais soumis à des exigences douanières non préférentielles, réduisant leur compétitivité et compliquant l’accès des exportateurs nationaux à l’un des plus importants marchés mondiaux.
La position américaine a été clairement assumée par l’ambassadeur Jamieson Greer, représentant des États-Unis pour le commerce extérieur, qui a déclaré que « l’AGOA du XXIᵉ siècle doit exiger davantage de nos partenaires commerciaux et offrir un meilleur accès aux marchés aux entreprises, agriculteurs et éleveurs américains ». Une déclaration qui confirme la volonté de Washington de rééquilibrer les termes de ses accords commerciaux au profit de ses intérêts nationaux.
Face à cette évolution, le Gabon est désormais confronté à un double défi : préserver la dynamique positive de ses échanges avec les États-Unis tout en explorant de nouvelles stratégies de diversification commerciale et de renforcement de ses partenariats économiques, dans un environnement international de plus en plus marqué par le protectionnisme et la recomposition des alliances.





