Le président Félix Tshisekedi a officiellement chargé son gouvernement de renforcer le contrôle de l’espace numérique. Justifiée par la nécessité de préserver la « stabilité sociale » et de combattre la désinformation, cette initiative a aussitôt suscité une vive polémique au sein de la société civile, qui y perçoit une atteinte potentielle aux libertés publiques.
En République démocratique du Congo, le discours des autorités à l’égard des usages numériques se fait plus ferme. Lors du dernier Conseil des ministres, le chef de l’État a dénoncé avec vigueur ce qu’il considère comme des dérives des plateformes en ligne. Selon lui, les réseaux sociaux se sont transformés en « vecteurs de désinformation, d’injures publiques et de discours de haine », mettant en péril la cohésion nationale ainsi que l’ordre public.
L’arsenal juridique sous-exploité ?
Pour faire face à ce qu’il assimile à une menace contre la sûreté de l’État, le président congolais entend s’appuyer sur une application plus stricte du dispositif légal existant. Il a notamment rappelé l’existence du Code du numérique, promulgué il y a trois ans, dont la diffusion et la mise en œuvre demeurent, selon lui, insuffisantes. L’ambition affichée est d’encourager un usage « responsable, éthique et rationnel » des outils numériques.
D’après les autorités, cet objectif suppose un renforcement des mécanismes de prévention et de sanction. Toutefois, cette volonté de régulation suscite des interrogations, y compris au sein de la magistrature. Sous couvert d’anonymat, une source judiciaire de haut rang a confié à Radio France Internationale son étonnement face à cette prise de position présidentielle, rappelant que le Code du numérique a déjà servi de fondement juridique dans plusieurs procédures visant des opposants.
Une démocratie sous pression
Du côté de la société civile, l’inquiétude s’est rapidement muée en indignation. Le mouvement citoyen Filimbi a dénoncé une initiative qu’il interprète comme une tentative supplémentaire de restreindre l’espace civique. Selon l’organisation, ces orientations constituent une « menace contre la démocratie » dans un contexte politique qu’elle estime déjà marqué par un durcissement répressif.
Alors que l’exécutif s’apprête à traduire ces annonces en mesures concrètes, la controverse demeure entière : comment préserver la paix sociale sans porter atteinte à la liberté d’expression ? Entre impératifs sécuritaires et respect des droits fondamentaux, la RDC se retrouve à un tournant décisif de sa gouvernance numérique. Cette séquence n’est pas sans rappeler la situation au Gabon, où, depuis deux semaines, les populations sont privées d’accès à plusieurs réseaux sociaux couramment utilisés, notamment TikTok et YouTube.





