Le gouvernement sénégalais est au cœur d’une polémique depuis les déclarations controversées de son ministre en charge de l’Administration et de l’Équipement, Cheikh Oumar Diagne, qui a qualifié les tirailleurs sénégalais de « traîtres ». Ces propos, tenus lors d’une interview télévisée sur Fafa TV le 21 décembre, ont provoqué une vive indignation dans le pays, avec des appels à sa démission et une condamnation ferme de la part du gouvernement lui-même.
Des déclarations qui choquent
Lors de son intervention, Cheikh Oumar Diagne a critiqué les hommages rendus aux tirailleurs sénégalais, des soldats ayant servi dans l’armée coloniale française. « Ceux qui célèbrent les tirailleurs ne savent pas ce que sont ces soldats coloniaux », a-t-il déclaré, remettant en question leur rôle historique et déclenchant une vague de réprobation dans tout le pays.
Les réactions ne se sont pas fait attendre. Le porte-parole du gouvernement, Moustapha Njekk Sarré, a condamné ces propos sur les ondes de la radio privée RFM.
Sarré a également rappelé que le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, avait récemment organisé une grande cérémonie en hommage aux tirailleurs sénégalais, le 1er décembre dernier, soulignant leur contribution inestimable à l’histoire du Sénégal.
Indignation des descendants et appels au limogeage
Les propos de Cheikh Oumar Diagne ont également suscité la colère des descendants des tirailleurs sénégalais. Lors d’une conférence de presse à Dakar, Lamine Bâ, ancien ministre et porte-parole d’un collectif de descendants, a dénoncé des « propos insultants et honteux ».
Sur les réseaux sociaux et dans les médias, les critiques se sont multipliées, réclamant non seulement des excuses publiques, mais aussi la démission immédiate du ministre.
Un contexte historique sensible
Le Sénégal entretient une relation particulière avec la mémoire des tirailleurs sénégalais, symbole de résistance, de sacrifice et de l’histoire coloniale partagée avec la France. Cette année, le pays a commémoré avec une intensité particulière les événements tragiques du 1er décembre 1944, au camp militaire de Thiaroye, où les forces coloniales françaises avaient ouvert le feu sur des tirailleurs africains réclamant leurs arriérés de solde.
Ces soldats, souvent marginalisés dans les récits historiques, ont été récemment réhabilités à travers des initiatives gouvernementales et des cérémonies officielles visant à honorer leur contribution.
Un ministre sous pression
Pour l’heure, Cheikh Oumar Diagne n’a pas répondu publiquement aux critiques ni aux appels à sa démission. Cependant, la pression monte au sein de la classe politique et de la société civile, le plaçant dans une position de plus en plus intenable.
Le gouvernement sénégalais, par la voix de ses représentants, a réitéré son respect pour la mémoire des tirailleurs sénégalais, qu’il considère comme des figures emblématiques de la Nation.
Cette polémique met en lumière les tensions autour de la gestion de la mémoire historique et de l’héritage colonial, un sujet encore sensible dans de nombreux pays africains.





