Au Burkina Faso, le climat politique reste tendu alors que la junte au pouvoir, dirigée par le capitaine Ibrahim Traoré, intensifie ses actions contre des figures emblématiques de l’ancien régime. Parmi elles, Alizèta Ouédraogo, surnommée « la belle-mère nationale », est devenue l’une des principales cibles de cette campagne. Une guerre d’influence et de symboles semble s’être engagée entre la femme d’affaires controversée et le chef de l’État putschiste, avec des répercussions potentielles sur la scène politique nationale.
Une femme d’influence sous pression
Ancienne figure centrale de la sphère politico-économique burkinabé, Alizèta Ouédraogo a bâti un empire au fil des années grâce à ses connexions privilégiées avec les dirigeants passés, notamment sous le règne de Blaise Compaoré. Son surnom, « belle-mère nationale », illustre son influence et sa proximité avec les cercles du pouvoir. Mais cette puissance acquise au sommet fait aujourd’hui d’elle une cible de choix pour Ibrahim Traoré, déterminé à rompre avec l’ancien système et à redéfinir les règles du jeu.
La junte a récemment ordonné un audit approfondi des comptes de ses entreprises et de ses proches, signalant une volonté claire de démanteler les réseaux liés à l’ancien pouvoir. Cette offensive n’est pas sans conséquences : plusieurs biens de la famille Ouédraogo auraient été gelés, et son fils demeure en détention secrète depuis plusieurs semaines, alimentant les interrogations sur la transparence des procédures en cours.
Ibrahim Traoré, un dirigeant en quête de rupture
Depuis qu’il a pris le pouvoir en septembre 2022, Ibrahim Traoré s’est présenté comme un dirigeant résolu à assainir le paysage politique et économique du Burkina Faso. En ciblant des figures emblématiques comme Alizèta Ouédraogo, il cherche à illustrer son engagement à combattre la corruption et les privilèges d’une élite jugée responsable de la dérive du pays.
Cependant, cette stratégie comporte des risques. Si une partie de la population applaudit ces mesures, les détracteurs du chef de l’État y voient une chasse aux sorcières visant à consolider son pouvoir. Les accusations d’abus de droits humains, notamment avec la détention secrète du fils d’Alizèta Ouédraogo, commencent à ternir l’image du régime. Cette situation pourrait créer des divisions au sein des forces vives du pays et affaiblir la coalition populaire qui avait soutenu le coup d’État.
Un contexte politique et sécuritaire délicat
Ce bras de fer intervient dans un contexte où le Burkina Faso est confronté à des défis majeurs, notamment la lutte contre le terrorisme. Les attaques jihadistes continuent de fragiliser le pays, avec des milliers de victimes et des millions de déplacés internes. Dans un tel environnement, la priorité devrait logiquement être accordée à la sécurité et à la réhabilitation économique.
Pourtant, l’attention semble désormais se concentrer sur des querelles internes et des mesures perçues par certains comme des réglements de comptes politiques. Cela pourrait affaiblir la capacité de la junte à maintenir l’unité nationale nécessaire pour faire face aux défis existentiels du pays.
Un futur incertain
Le conflit entre Alizèta Ouédraogo et Ibrahim Traoré symbolise une bataille plus large pour l’âme du Burkina Faso. Entre volonté de rupture et continuité des pratiques passées, le pays se trouve à un carrefour décisif. La junte pourra-t-elle traduire ses promesses de changement en actions concrètes et inclusives, ou sombrera-t-elle dans les travers des régimes précédents ?
Dans un pays où la mémoire des luttes populaires reste vive, la patience de la population pourrait rapidement s’épuiser si les résultats concrets tardent à se manifester. Le bras de fer entre ces deux figures illustre non seulement une querelle personnelle, mais aussi les enjeux cruciaux qui façonneront l’avenir politique et économique du Burkina Faso.





