Au Gabon, la question des prix des logements demeure une source de tensions croissantes entre locataires et bailleurs. Si l’accès à un logement décent est un droit fondamental, sa concrétisation se heurte à des pratiques abusives et à une méconnaissance des lois encadrant le secteur.
Une flambée des loyers difficilement justifiable
Depuis plusieurs années, les prix des loyers connaissent une hausse continue, souvent sans explication valable. Cette situation, exacerbée par une absence de régulation efficace, crée un fossé entre bailleurs et locataires, où chacun accuse l’autre d’abus.
En 2018, le ministère de l’Économie avait rappelé que les prix des loyers sont encadrés par des textes légaux. Cependant, ce rappel semble être resté lettre morte pour une majorité de bailleurs. Résultat : de nombreux Gabonais peinent à se loger convenablement, tandis que des conflits autour du logement alimentent un climat social tendu.
Que dit la loi sur les loyers ?
L’encadrement des loyers au Gabon repose sur l’ordonnance 2/75, modifiée en 1987. Cette loi stipule que le loyer mensuel ne doit pas dépasser le centième de la valeur vénale du bien immobilier. Par exemple, une maison valant 5 000 000 FCFA devrait être louée à 50 000 FCFA par mois.
De plus, pour tout loyer égal ou supérieur à 200 000 FCFA, un bail écrit est obligatoire et doit être validé par le directeur général des prix et des enquêtes économiques avant signature.
Malgré ces dispositions, le respect de ces règles est loin d’être systématique. De nombreux bailleurs ignorent ou choisissent délibérément de contourner la loi, souvent pour échapper aux impôts liés à leurs revenus locatifs.
Les recommandations issues du dialogue national
Lors du dialogue national inclusif d’avril dernier, qui a réuni près de 600 participants issus de divers horizons, la problématique du logement a occupé une place centrale. Parmi les solutions proposées :
- Une révision des textes existants pour mieux les adapter au contexte économique et social actuel.
- Une sensibilisation des acteurs (bailleurs et locataires) sur leurs droits et obligations.
- Le renforcement des contrôles et des sanctions envers les contrevenants, notamment les bailleurs qui pratiquent des loyers abusifs.
- La construction de logements sociaux accessibles aux populations à faibles revenus.
Des attentes fortes face à une crise durable
La question du logement illustre un défi structurel qui dépasse le simple cadre des loyers. Elle renvoie à des problématiques plus larges, telles que l’urbanisation désordonnée, l’inadéquation entre l’offre et la demande, et la faiblesse des mécanismes de contrôle.
Pour de nombreux Gabonais, l’espoir réside dans une action concrète et rapide des autorités. La mise en œuvre des recommandations du dialogue national et une application rigoureuse des lois existantes pourraient amorcer un début de solution.
En attendant, la vie quotidienne des locataires reste marquée par des choix difficiles : accepter des conditions précaires ou consacrer une part disproportionnée de leurs revenus à leur logement. Un dilemme qui, s’il persiste, risque de fragiliser davantage le tissu social gabonais.
Ce sujet montre l’urgence d’une réforme globale et équitable du secteur immobilier au Gabon. À travers des actions concrètes, le pays a l’occasion de garantir un droit fondamental à ses citoyens : celui de se loger dans la dignité.





