En septembre dernier, l’ancien président gabonais Ali Bongo Ondimba, renversé par un coup d’État militaire le 30 août 2023, avait choisi la plume pour s’adresser à ses compatriotes. Dans une lettre longue et solennelle, il annonçait son retrait définitif de la scène politique et sa renonciation à toute ambition nationale. Ce geste, bien qu’apparemment empreint de repentance, a suscité des réactions contrastées dans l’opinion publique et sur les réseaux sociaux.
Un message teinté de regrets et de demandes de clémence
Dans cette missive, Ali Bongo a fait preuve d’une rare introspection, exprimant des regrets sur sa gestion du pays. « Je reconnais mes insuffisances et je prends la responsabilité des difficultés rencontrées par les Gabonais », écrivait-il, dans ce qui semblait être un mea culpa tardif mais notable.
Toutefois, l’ancien président ne s’est pas arrêté à cet exercice d’introspection. Il a également plaidé pour la libération de sa femme, Sylvia Bongo Ondimba, et de son fils, Noureddin Bongo Valentin, incarcérés depuis près d’un an pour des accusations liées à la corruption et à la mauvaise gestion des biens publics. Ali Bongo a lancé un appel au calme et à la clémence, insistant sur la nécessité de préserver sa famille.
La colère des Gabonais : justice et mémoire
Cette lettre, pourtant destinée à apaiser les tensions, a eu l’effet inverse pour de nombreux Gabonais. Sur les réseaux sociaux, des vagues de colère ont déferlé, alimentées par des souvenirs encore vifs des années de gouvernance d’Ali Bongo et des frustrations liées aux inégalités sociales, économiques et politiques.
Certains internautes n’ont pas manqué de qualifier cette démarche de « tentative de manipulation émotionnelle ». Ils dénoncent une volonté de détourner l’attention des accusations graves pesant sur l’ancien régime et de minimiser l’ampleur des souffrances infligées au peuple gabonais. Pour eux, les aveux d’Ali Bongo, bien qu’appréciables sur le fond, arrivent trop tard pour effacer des décennies de ressentiment.
Un appel à la réconciliation ou une maladresse politique ?
Alors que certains voient dans cette lettre une démarche sincère, d’autres y décèlent une maladresse politique. Les appels au calme et à la clémence pour sa famille sont perçus par ses détracteurs comme une tentative de protéger des proches encore au cœur de l’attention judiciaire.
Une fracture persistante
Un an après son éviction, Ali Bongo reste une figure polarisante. Si ses mots visaient à ouvrir une nouvelle page pour lui et pour sa famille, ils n’ont fait que raviver des blessures profondes pour une grande partie de la population.
Alors que le Gabon tente de tourner la page d’un passé tumultueux, la lettre d’Ali Bongo est le rappel d’une ère marquée par des espoirs déçus et des luttes inachevées. Le peuple gabonais, désormais focalisé sur l’avenir, semble déterminé à exiger justice tout en construisant les bases d’un nouveau chapitre pour la nation.





